46°25'S, 51°53'E - escale rapide à Crozet

Samedi 15 octobre - brève escale à Crozet.
Après le repas de midi, nous montons à la passerelle pour découvrir les premières terres que nous pouvons voir depuis que nous avons quitté la Réunion: l'Île de l'Est, et l'Île de la Possession la plus grande des 5 îles de Crozet (145 km2), d'origine volcanique. L'archipel de Crozet, découvert par une expédition française en 1772 par Marion Dufresne, accueille une base permanente, Alfred Faure, qui a été construite en 1963, dans le but de mettre en place des études scientifiques à long terme. Il faut dire que Crozet a une importance capitale pour les espèces aviaires; c'est l'île des TAAF où l'on rencontre la biomasse la plus importante d'oiseaux marins (60 tonnes au km2). L'archipel comprend également l'Île aux Cochons, l'Île des Pingouins et les Îlots des Apôtres. Les conditions sont assez bonnes, mais des nuages et de la brume nous cachent en partie les îles. Tout le monde est soit à la passerelle, soit à l'avant du bateau pour observer ces paysages à couper le souffle qui rompent la monotonie du quotidien sur le Marion Dufresne. Les côtes sont très découpées et c'est magnifique. Au fur et à mesure que nous nous approchons de l'île, nous pouvons voir de nouvelles espèces d'oiseaux, comme le goéland dominicain, les sternes, et les cormorans de Crozet, endémique de l'archipel ainsi que des îles Prince Edward et Marion (que l'on peut donc ne voir que là ce qui rend les observations encore plus intéressantes). D'autres oiseaux nous accompagnent: albatros fuligineux à dos clair, damiers du cap, pétrels plongeurs, prions, pétrels géants subantarctiques, albatros à tête grise... Nous longeons maintenant la côte de la Possession et nous pouvons apercevoir les sommets enneigés de l'île (1050 m pour le point culminant, le Mont Marion-Dufresne), la base, un cratère. Nous observons quelques
cascades, dont certaines, à cause du vent, donnent l'impression de couler vers le haut! Et puis apparaissent les manchotières, que l'on voit pas trop mal aux jumelles, en particulier celles de manchots royaux. Mais il y a également des colonies de gorfous et cormorans que l'on entre-aperçoit régulièrement. Le cri des albatros fuligineux, qui nichent dans les falaises en face de nous, ressemble à un râle et se fait entendre de plus en plus clairement. Nous approchons de la Baie du Marin. Le bateau mouille et le zodiac est mis à l'eau par le second et un des lieutenants. Ils chargent alors des bagages dans le zodiac et font un premier aller avec Pierre, l'OPEA (responsable des opérations portuaires). On peut voir le tracteur descendre vers la plage, il servira à monter les bagages, entre autres, à la base. Quelques habitants de la base descendent pour accueillir les nouveaux venus. Sur la plage, on peut voir aux jumelles des énormes éléphants de mer, les pachas (gros mâles) qui surveillent leur harem et se traînent lourdement sur terre. Déjà d'aussi loin c'est impressionnant, alors je n'imagine même pas l'impression que l'on doit avoir de près! Le zodiac revient avec le gérant postal qui tamponnera le courrier posté à bord. Le médecin du bord embarque sur le zodiac pour débarquer voir son collègue médecin de la base Alfred Faure. Deux personnes descendent également plus tard pour aller faire une opération de maintenance de la station marégraphique. Et puis, finalement, après une autre tournée de bagages, c'est l'heure pour nos 6 camarades crozétiens d'aller mettre le pied sur leur caillou: Franck (et oui, nous perdons encore un membre de notre petite « famille » de Chizé, ne restent maintenant que Thibaut, Max et moi), Paul (l'Oursin de son surnom, car il a marché sur une de ces bestioles dans le port à la Réunion la nuit de notre arrivée car sa sacoche d'appareil photo était tombée à l'eau...!), Gildas (du labo de Strasbourg et qui bossera sur les manchots royaux) qui partent tous les 3 en hivernage, puis Yves Cherel (chercheur de Chizé), François (chercheur de Strasbourg) et Paul (un thésard de Chizé également, qui va bosser sur les orques) qui feront une partie de la campagne d'été. Ils descendent l'échelle en bois, attachés par un harnais, pour atterrir dans le zodiac. Heureusement, la houle est faible et facilite les choses; autrement, ce serait plus sportif! D'ailleurs, apparemment, il est vraiment rare de rencontrer des conditions aussi bonnes dans le coin! Au revoirs, derniers signes de la main, le zodiac s'éloigne, on le suit aux jumelles entre deux photos. Nous ne les voyons pas débarquer car des rochers nous cachent la partie de la plage où ils mettent pied à terre, mais on peut facilement deviner leur joie. D'autant plus que les hivernants de la base leur ont apparemment réservé un bon accueil: les gars s'étaient mis en costard et les filles en tenue de soirée pour l'occasion. On leur souhaite tous bonne chance, bon hivernage (ou campagne d'été) et bon vent! En espérant avoir des nouvelles bientôt et les revoir au retour en métropole. Peu après, le zodiac revient et amène un océanographe faire des prélèvements d'eau dans la baie. Pendant ce temps, nous finissons de photographier l'île et la base sous toutes leurs coutures, ainsi que les oiseaux qui passent à proximité. Quelques manchots royaux curieux viennent parfois pas loin du bateau, c'est la première fois pour nous que nous les voyons d'aussi près. On ressent un petit pincement au coeur de voir les amis partir, l'impatience que notre tour arrive enfin (mais bon, ce ne sera maintenant plus très long, puisque nous devrions être à Kerguelen d'ici 4 jours), un mélange de fierté d'avoir fait le chemin jusque là déjà, d'autant plus que l'on commence vraiment plus à réaliser ce qu'il va nous arriver en regardant les autres partir et une petite frustration de ne pas avoir pu mettre pied sur ces terres incroyables, même brièvement. Le seul regret que l'on a est de ne pas avoir eu la chance de rencontrer les orques qui se baladent souvent près de Crozet. 16h30, nous repartons. Pendant un moment, nous longeons l'Île de l'Est, dont les sommets sont drapés dans d'épais nuages. Quelques arcs-en-ciel apparaissent sur notre passage. Les passagers s'accumulent sur bâbord pour prendre les dernières photos puis de retournent à leur manip et activités. Nous reprenons nous aussi nos observations ornithologiques. Bientôt, la terre disparaît; la prochaine étape sera « la bonne »: Kerguelen! Ce soir là nous allons tous nous coucher tôt pour nous remettre de nos émotions, fatigués par la fête de la veille pour le départ des collègues et l'après-midi passer dans le froid (3-4°C mais avec un vent qui ne nous aide pas à nous réchauffer), mais avec des belles images dans la tête.


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Arrivée à Crozet - Île de la Possession

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Arrivée à Crozet - Baie du Marin

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Crozet - Base Alfred Faure

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Crozet - Ile de l'Est

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Arrivée à Crozet - débarquement de nos collègues

Crozet escale Marion Dufresne Baie du Marin oiseaux marins

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